Fédération Royale d'Associations Belges d'Ingénieurs Civils, d'Ingénieurs Agronomes et de Bioingénieurs

Charte de l'ingénieur

Ingénieur Civil Ingénieur Agronome BioIngénieur

L'éthique de l'ingénieur à l'aube du XXIe S.


L’époque actuelle se caractérise par de profonds changements. Le monde dans lequel nous vivons est un monde VICA :

  • Volatile en raison de l’importance quantitative des changements qui l’animent ;

  • Incertain compte tenu de l’impossibilité de prédire les conséquences de cette évolution ;

  • Complexe par l’interdépendance et l’interconnexion des processus à l’œuvre et des actions humaines;

  • Ambigu compte tenu des nombreuses interprétations possibles que ce monde en évolution peut suggérer.

Cette évolution ne va pas sans soulever de nombreuses questions éthiques. L'économie mondiale, la transformation numérique et l'évolution des modèles de gouvernance sont autant de facteurs qui doivent inciter les ingénieurs et leurs organisations à relever les défis du monde VICA et à s’adapter à cette évolution.

Forte de ce constat, la FABI a décidé de créer un groupe de travail dont la réflexion sur l’éthique de l’ingénieur a débouché sur des recommandations s’inspirant de la position de la Fédération Européenne d’Associations Nationales d’Ingénieurs (FEANI). Cette dernière a rédigé un Code de Conduite " Ethique et Conduite des Ingénieurs Professionnels"  approuvé par l'Assemblée Générale de la FEANI le 29 septembre 2006 .

Principe général


Conscient de l'influence des systèmes techniques sur l'environnement social, économique et écologique, ainsi que de leurs impacts sur les vies des générations futures, l'ingénieur a l'obligation morale de veiller à ce que ses décisions soient prises et ses actions soient menées dans le souci d’assurer le bien commun. Notre conception du bien commun privilégie l’impératif sociétal plutôt que la satisfaction matérielle d’un individu ou d’un groupe particulier, reconnaissant ainsi la nécessité d’assurer, de protéger, d’améliorer les relations harmonieuses entre tous les êtres humains comme guide d’action, y compris pour l’ingénieur.

Cette approche éthique fait prévaloir la vie relationnelle dans l’existence humaine et vise à éviter la surévaluation des liens marchands qui ont tendance à s’imposer dans le monde actuel au détriment des liens humains.

L’ingénieur veille à s’assurer par tous les moyens disponibles que le rapport entre les avantages au regard du bien commun et les inconvénients intrinsèques à toute décision et/ou action soit le plus largement positif. 

A titre individuel, l’ingénieur a l'obligation morale d'agir avec intégrité, en faveur du bien commun, d’acquérir et de mettre en oeuvre toutes les compétences nécessaires à l'exécution de son travail, sans se soumettre à des politiques, stratégies ou règles quelconques qui auraient pour résultat d’enfreindre ces principes généraux.

L'ingénieur respecte loyalement la culture et les valeurs de l'entreprise et celles de ses parties prenantes, tout en agissant conformément à sa conscience professionnelle. Si nécessaire, il tire les conséquences des incompatibilités qui pourraient apparaître.

Modalités d'action de l'ingénieur


Faisant suite à la déclaration cadre de la FEANI, à laquelle la FABI réitère son adhésion, la FABI invite les ingénieurs à agir de manière :

  1. Acquérir et enrichir de manière permanente les compétences nécessaires pour mener à bien les tâches dont ils sont responsables ainsi que celles pour lesquelles, le cas échéant, ils sont mandatés par leurs employeurs. Ces compétences relèvent non seulement des domaines techniques et scientifiques en rapport direct avec la conception et la réalisation des ouvrages, produits, services et projets dans lesquels ils sont impliqués, mais aussi dans les domaines connexes où ces ouvrages, produits, services et projets sur lesquels ces ouvrages, produits, services et projets peuvent avoir des conséquences.


    Pour ce faire l’ingénieur est invité à adopter une attitude holistique, à mettre en œuvre une approche intégrée en complément nécessaire à l'approche analytique habituelle de l'ingénieur.


    Cette recommandation implique que les ingénieurs prennent pleinement conscience de la complexité des systèmes sur lesquels ils sont amenés à agir et de leur interdépendance avec les systèmes connexes et avec le système global, tant dans sa composante sociétale qu’environnementale.


  2. Respecter et mettre en oeuvre leurs responsabilités sociétales.

    La responsabilité sociétale propose une approche intégrée du développement et implique l’évaluation des conséquences de ses actions par l’ingénieur lui-même, de manière concomitante  dans les domaines économique, social, environnemental et de bonne gouvernance. (ISO 26000)


    La responsabilité sociétale se traduit par un comportement transparent et éthique qui :

    - contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société;

    - prend en compte les attentes des parties prenantes;

    - respecte les lois en vigueur et est en accord avec les normes internationales de comportement;

    - est intégré dans l'ensemble de l'organisation.


    Les thèmes de responsabilité qui doivent être pris en compte, sont la gouvernance de l'organisation, les Droits de l'Homme, les relations et conditions de travail, l'environnement, la loyauté des pratiques ainsi que les questions relatives aux consommateurs et aux communautés.


  3. Viser les objectifs du Développement Durable

    Ceux-ci constituent également des sources d’inspiration pour les ingénieurs. Le concept de développement durable implique que soient prises en compte les conséquences des actions au niveau interpersonnel y compris, le cas échéant au niveau planétaire, et intergénérationnel (protection des droits et des possibilités de vie des générations à venir), et que soient mis en œuvre les moyens d’éliminer ou d’atténuer les effets négatifs de ces actions.


    La prise en compte de la dimension environnementale incluse dans le concept de développement durable, est essentielle puisqu’il est illusoire de prétendre contribuer au bien commun sans respecter le potentiel des écosystèmes à produire des biens et des services pour tous y compris pour les générations futures. Les ingénieurs sont invités à prendre connaissance des diverses postures éthiques qui peuvent servir à orienter leurs actions en regard des impacts de celles-ci sur la nature et l’environnement.


  4. Respecter les règles déontologiques communément admises, parmi lesquelles

    - présenter de manière intègre leurs diplômes ou titres professionnels et mettre en avant leurs valeurs éthiques dans les liens contractuels qu’ils souhaitent établir avec leurs employeurs et les parties prenantes;


    - procurer à l'employeur et/ou aux parties prenantes une analyse rationnelle ainsi qu'un jugement impartial, visant à éviter les conflits d'intérêts, en respectant les devoirs de confidentialité, la lutte contre la corruption, la loyauté dans la concurrence, les droits de propriété, la protection de la santé et de la sécurité des parties prenantes, la consommation durable, le service après-vente, la protection des données et de la vie privée, l’accès aux services essentiels, l’éducation et la sensibilisation, la création d’emploi et le développement des compétences, des technologies et des accès à la technologie;


    - accepter la responsabilité appropriée de leur travail et celle exercée sous leur supervision, en respectant les relations employeurs-employés, les conditions de travail et de protection sociale, la santé et la sécurité au travail ou le développement du capital humain;


    - respecter les droits des personnes avec lesquelles ils travaillent comme les Droits de l’Homme et les valeurs juridiques et culturelles des sociétés dans lesquelles il effectuent des missions;


    - se montrer disponible pour contribuer au débat public sur les questions de compréhension technique dans les domaines où ils sont compétents;


    - chercher à atteindre le meilleur résultat en utilisant au mieux les moyens disponibles et en intégrant les dimensions humaine, économique, financière, de gestion, sociale et environnementale;


    prendre en compte toutes les contraintes imposées par les missions à exécuter et respecter particulièrement celles qui relèvent de la santé, de la sécurité et de l'environnement;


    -rester rigoureux dans l'analyse, la méthode de traitement, la prise de décision et le choix de la solution;


    -face à une situation imprévue, prendre sans attendre les initiatives permettant d'y faire face dans les meilleures conditions et en informant, à bon escient, les personnes appropriées.

Annexes

Code éthique FEANI

Position de la FEANI sur le Code de Conduite: Ethique et Conduite des Ingénieurs Professionnels approuvé par l'Assemblée Générale de la FEANI

Bien commun

François FLAHAULT, « Bien commun »,
in CASILLO I. avec BARBIER R., BLONDIAUX L., CHATEAURAYNAUD F., FOURNIAU J-M., LEFEBVRE R., NEVEU C. et SALLES D. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013, ISSN : 2268-5863.

ISO 26000

Responsabilité sociétale
ISO 26000 donne des lignes directrices aux entreprises et aux organisations pour opérer de manière socialement responsable. Cela signifie agir de manière éthique et transparente de façon à contribuer à la bonne santé et au bien-être de la société.

17 objectifs pour sauver le monde

Les objectifs de développement durable nous donnent la marche à suivre pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous. Ils répondent aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés.

Les postures éthiques

par Pierre Mathy

Frontières conceptuelles

Document de travail compilé par Jean-Luc Matthieu sur base d'extraits repris dans les références mentionnées en fin de texte.